Je voulais te dire,Je suis en train de trouver une vieille excuse pour ne pas aller voir des gens. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai besoin de m'isoler aujourd'hui, de ne voir personne. Je lutte depuis hier, tu sais, et pour ne pas me faire de mal j'ai coupé mes ongles. Toutefois, il y a tous ces objets tranchants qui m'appellent et c'est terrible. Ces gens comptent sur moi pour que je vienne. Mais je sais que quelques uns d'entre eux vont me blesser plus encore même si d'autres vont m'aider. Je ne sais pas, j'ai peur de voir des gens en ce moment. Je suis hors de la vie en quelque sorte et cela me ronge, si tu savais. Pitié. Dis moi qu'elle partira un jour cette saloperie de réflexe ! Ca fait quatre mois qu'en m'endormant j'ai cette image devant les yeux, cette image de moi, recroquevillée et presque nue devant un miroir, les cheveux en bataille et le mascara qui avait coulé sur mes joues. L'enfer. Mon corps ? Ce n'était que des marques d'ongles ou de griffures y compris le visage, partout. Je ne ressemblais plus à rien. Je me suis regardée avec effroi pendant une heure. J'avais froid, je tremblais, j'étais seule face à l'horreur. Ce n'était pas quelqu'un qui m'avait fait ça : c'était moi... Et j'avais si honte. Je n'avais pas confiance en moi à l'époque. Tu sais, il est plus facile de se haïr que de s'aimer...Alors quand maintenant je doute, il y a toujours cette voix dans ma tête qui me dit : « tu n'es qu'une bonne à rien puisque tu as osé te faire ça ! Tu devrais avoir honte de toi et te punir ! Punis toi vilaine ! ». Et puis, plus tu te punis, plus tu as honte donc plus tu te punis et le cercle vicieux commence... Lorsque tu arrêtes, c'est si dur de se dire : « non ! » ; de résister, en pleurant toute la nuit, en serrant plus fort, plus fort encore, une pauvre peluche dans tes bras pour ne pas sombrer. Quand les lueurs du jour éclairent ton visage, c'est comme une délivrance. Doucement sortir de l'enfer... Combien de nuit ai-je passées à torturer cette peluche ? Je ne sais plus. Les gens me blessent sans s'en rendre compte bien souvent. Avant, quoi que je dise quoi que je fasse je me sentais transparente ou méchante dans chaque parole que je prononçais. Je n'existais pas, je n'étais rien. L'avenir ? Il s'arrêtait à demain. Je pensais que jamais personne ne saurait me comprendre et puis je t'ai rencontré, toi qui a su lire en moi sans que je parle, tu m'as comprise. Aujourd'hui je marche pour moi, mais pas seulement : je marche pour nous. Il y a un après demain, et un après après demain, c'est merveilleux. Seulement, aujourd'hui je suis triste et je sens cet énorme vide, celui de l'absence d'une mère. Personne n'y peut rien, pas même moi. Une vie ne suffira pas à ne plus ressentir le vide qu'elle a laissé. Chaque année la peine, la douleur, s'atténue un peu mais pour qu'elle s'atténue il faut tous les ans faire l'effort d'y repenser et de se replonger dans ces souvenirs pour mieux comprendre, pour chercher certaines réponses et pour apprendre à se dire cette phrase que je n'arrive pas à prononcer à voix haute : " je ne la reverrais jamais". Il me faudra toute une vie pour apprendre à dire cette phrase et encore. Tu n'imagines pas. L'amour que je lui porte est si grand. Je me sens frustrée de devoir le donner à des nuages, en espérant qu'ils transmettent le message. Je me rappelle des souvenirs ensemble, les souvenirs tristes comme joyeux. Je me sens frustrée. J'aimerais en avoir plein d'autres nouveaux auxquels repenser, j'aimerais lui présenter l'homme que j'aime, me confier à elle et rire. Lui dire que je l'aime en face, j'aimerais tellement lui redire ! Tellement pouvoir à nouveau la toucher et la serrer dans mes bras ! Je sais qu'elle vit en moi, mais à mon coeur blessé ça ne suffit pas. Ce n'est qu'un bonbon sucré dans une bouche amère, cela fond bien trop vite pour pouvoir penser à autre chose. Il n'y a pas un seul jour sans que je pense à elle, sans que je la cherche des yeux, même ne serait ce qu'une fraction de seconde. Personne ne peut m'aider parce que personne ne peut la faire revenir. Je lui en ai tellement voulu d'être partie, mais je me le suis caché à moi même... J'étais si petite. Tout le monde a oublié que j'étais une enfant parce que je ne le montrais plus simplement. Je n'avais jamais hurlé au ciel "tu n'avais pas le droit". Ce n'est que cette année que j'ai pu le murmurer, je n'osais pas lui en vouloir. J'ai fait face à ma famille, à mon père, a tout, j'ai été "une grande". Mais ce n'était qu'une apparence parce que plus je jouais la grande, plus la petite fille en moi commençait à mourir. Aujourd'hui, je suis redevenue cette petite fille, et ma mère me manque comme l'eau manque à la mer pour être elle-même. Je dois apprendre seule à grandir maintenant. C'est un si grand vide. Chaque fois que je la cherche des yeux et que je ne la trouve pas je le ressens, pendant une fraction de seconde. Je ressentirais ce vide tous les jours de ma vie... Parfois ce sera comme souvent une fraction de seconde, apprendre à petite dose à dire adieu... Et d'autres fois plus longtemps... C'est con mais je n'ai pas encore réussi à me convaincre que je la reverrais plus jamais, je me dis que c'est pas possible qu'elle est en vie, là, quelque part, et qu'on se recroisera. Ça fait deux ans que mon coeur pense ça et deux ans qu'elle n'est pas revenue. Pourtant je sais que ça ne sert à rien de croire qu'elle reviendra. Je le sais oui, et c'est ça le pire. Mon cerveau le sait mais mon coeur ne veut pas l'entendre. Ne sois pas désolé, de toute façon personne n'y peut rien, c'est triste mais c'est comme ça....
Je t'aime,
Rebecca.
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